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Le Struthof

Struthof.2

Le ministère de la Culture et de la Communication vient de classer l’ancien camp concentrationnaire de Natzweiler-Struthof à Natzwiller. La réhabilitation du site est rendue complexe par une occupation postérieure à celle de la déportation.

La parution de l’arrêté clôt un important travail de recherches historiques et de démarches administratives. Mais elle ne signifie en rien un achèvement. Au contraire, puisqu’à Natzwiller les procédures préliminaires à un chantier de réhabilitation doivent être engagées prochainement.

Les recherches, basées sur un dossier de Florent Fritsch, du service de l’Inventaire et des entretiens avec Valérie Dreschler, alors directrice du CERD (Centre européen du résistant déporté) ont donc abouti à « une protection cohérente et identique des espaces déjà protégés » en ayant « élargi le périmètre de protection à l’ensemble des vestiges ». Mais sans oublier que ce que les visiteurs voient aujourd’hui au Struthof est au moins autant dû à la déportation qu’aux internements après la Libération.

Tournage du film « Le Bal des Maudits »

Situé à une soixantaine de kilomètres de Strasbourg, le site de l’ancien KL Natzweiler-Struthof a en effet été modifié au fil des décennies. Les barbelés furent démontés dans toutes ses zones hormis le camp-haut. On transforma après guerre l’entrée du camp et son portail qui datent en fait des années 45-48, lors de l’utilisation du camp par l’administration pénitentiaire française qui y interna plusieurs milliers d’Alsaciens-Lorrains et d’Allemands accusés à tort ou à raison d’avoir pactisé avec les nazis et qui prirent la place… des victimes du nazisme.

L’appellation du camp en allemand du panneau du portail y a été mise après 1957, suite au tournage d’un film. Pour « Le Bal des Maudits » avec Marlon Brando, les décors « naturels » du camp de concentration avaient en effet été utilisés. Les miradors, sauf un, datent aussi de l’époque des internements de l’épuration.  Faute d’avoir été sanctuarisé comme d’autres camps, le site du KL Natzweiler-Struthof fut ainsi malmené par les ravages du temps, du climat rude et des hommes.

Unanimité de la Commission nationale

En 1954, le préfet du Bas-Rhin, Paul Demange, lui-même ancien déporté à Neuengamme, avait ainsi fait brûler 13 des 17 blocks (baraques). L’hygiène mais aussi les moyens financiers nécessités pour l’entretien du site furent avancés. Par la suite, des modifications techniques (allées empierrées stabilisées en béton par exemple) intervinrent aussi en plus des fissures constatées sur certaines constructions.

70 ans après que les premiers prisonniers allemands, polonais, tchèques et alsaciens-mosellans ont commencé à construire ce camp à l’histoire atypique, il était temps de lui accorder la protection maximale des Monuments Historiques. Du camp d’origine n’existent en effet plus qu’une baraque de déportés devenue musée (en réalité reconstruite après un incendie criminel en 1976), l’ancienne baraque des cuisines, le bunker ou prison et le bâtiment du four crématoire.

Struthof.1« C’est à l’unanimité que la Commission nationale des monuments historiques s’est prononcée à Paris sur l’extension de la protection du camp. » Le périmètre élargi englobe le camp-haut, le camp-bas, l’ensemble du périmètre de la carrière d’extraction de granite (le chef des SS Heinrich Himmler et le Gauleiter Wagner avaient des capitaux dans cette société privée où les détenus travaillaient dans les pires conditions), les constructions existantes, tous les chemins terrassés par les déportés ainsi que les équipements techniques : le château d’eau (qui alimente encore aujourd’hui Natzwiller) et le transformateur électrique, aujourd’hui à l’état d’abandon. Plusieurs propriétaires, publics et privés, ont donné leur accord au classement du camp-bas. Avec son restaurant-hôtel du Struthof ouvert en 1914, lors de l’ère touristique du site, son annexe (construite en 1918 comme salle de bal et transformée en chambre à gaz en 1943), le chemin des déportés, la dalle de l’ancien crématoire mobile.

Au camp-haut, il s’agit de la double enceinte intérieure, la totalité de l’ancienne enceinte extérieure, toutes les terrasses ayant porté des baraques, la Kartoffelkeller (sous l’actuel CERD), la villa Ehret (elle aussi antérieure au camp), le Ravin de la Mort (une bande de 15 m de large près de la clôture électrifiée où de nombreux détenus furent abattus par les sentinelles), les blocks encore en place, la sablière (utilisée aussi comme lieu d’exécution de détenus dont les 12 jeunes de Ballersdorf ayant tenté de fuir l’incorporation de force) et le chemin des déportés.

Voir aussi www.struthof.fr

 

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