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Juil 21 2016

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L’argent des petites communes

RCAXXQ200_DR_DESSIN DGF.jpgLe site de Rue89 Strasbourg s’est préoccupé des petites communes et de leurs difficultés budgétaires. Rencontre avec plusieurs maires de la Vallée de la Bruche.

Comment rendre la vie à la campagne attractive avec moins d’argent, mais que les habitants sont toujours plus exigeants ? C’est l’exercice d’équilibriste auxquels se prêtent les maires des petites villes et villages depuis plusieurs années.

Ainsi va la vie dans les petites villes et villages d’Alsace, parfois à l’écart des secteurs à l’économie dynamique. Depuis 2013, elles doivent composer avec moins d’argent de l’État, la DGF est en baisse (Dotation Globale de Fonctionnement). Chaque année, ce sont quelques milliers ou dizaines de milliers d’euros de moins sur environ un million d’euros de budget.

Une mairie est censée assurer, entre autres, les permis de construire, les crèches, les écoles primaires, les foyers de personnes âgées, la culture (bibliothèques, musées, écoles de musique, salles de spectacle), l’entretien des rues ou les élections avec souvent un secrétaire de mairie, parfois à mi-temps, comme seul personnel administratif. L’inflation ou la réévaluation du traitement des agents provoquent des augmentations mécaniques des dépenses, et de nouvelles responsabilités ont parfois été fixées par loi, comme l’aménagement des activités périscolaires.

Dans ce contexte, les travaux deviennent vite la variable d’ajustement explique le sénateur-maire de Gries, Claude Kern (UDI), président de l’association des maires du Bas-Rhin :

« Nous avons privilégié la mise aux normes de l’école et reporté à l’année suivante la mise en accessibilité pour handicapés de la mairie. »

Et pour économiser sur les frais, ce sont les élus qui se sont retroussés les manches un samedi :« Nous avons fait détruire les toilettes par les élus, plutôt que de passer par une entreprise. »

Bricoler, c’est l’un des moyens trouvé pour économiser par Hubert Herry, maire sans étiquette de Saulxures, en s’appuyant sur la solidarité des habitants :

« J’ai la chance d’être à la retraite et de pouvoir bricoler. Ici, quand il faut changer une une vanne d’eau, on regarde si un habitant en a une. La dernière fois, cela est revenu à 750€, là où une entreprise demandait 5 000 euros. En ville, on commande un bureau d’étude, ici on bricole. »

Autres sources de nouveaux revenus, l’attribution des permis de chasse, réévalués tous les 9 ans, qui sont passés de 16 000 euros à 32 000 euros, « ça compense la baisse de la DGF », ou en négociant les contrats d’assurances avec 26 autres communes, une économie de « 4 000 euros par an à Saulxures. »

Dans un autre ordre d’idée, la commune de Griesheim-sur-Souffel a mis en place depuis 2012 des journées citoyennes. Un samedi en mai, les habitants s’occupent de l’entretien de la commune : repeindre des lampadaires, des passages piétons, construire un nouvel arrêt de bus, réparer un muret, selon les capacités et compétences de chacun.  Pour le maire René Wunenburger et son adjointe Chantal Jacob (sans étiquette) la démarche est avant tout politique :

« C’est se réapproprier le bien commun et l’espace public. Les journée citoyennes ne sont ni de gauche ou de droite, mais font tomber les barrières sociologiques. Juste dire qu’on paie ses impôts, c’est se dédouaner. »

À Saâles (852 habitants), au sommet des cols vosgiens, le maire Jean Vogel a fait de la dénonciation des difficultés des petites communes un combat politique comme en prenant la parole au congrès des maires en juin. (« Mais le président de l’association des maires François Baroin (LR) s’en fiche. Il n’est venu que pour les caméras », tacle-t-il).

Ce sympathisant écologiste élu depuis 21 ans regorge d’exemples chiffrés :

« Une commune similaire du massif central (927 habitants) perçoit 223 000 euros contre 130 000 euros pour nous, sans que personne ne puisse l’expliquer. Plus bas dans la vallée, Wisches (2 500 habitants) reçoit 600 000 euros de compensation de la taxe professionnelle, supprimée en 2012, contre 27 000 pour Saâles où peu de sociétés ont élu domicile. Un de mes administrés peut comparer avec son fils qui vit en région parisienne : il paie deux fois moins d’impôts locaux, son bien vaut deux fois plus cher et il dispose de dix fois plus de services… »

Pour lui, les investissements actuels servent la sécurité (la route principale est traversée par 800 à 900 camions par jour) et maintenir les commerces ou services en place. Ils devraient au contraire servir à en attirer des nouveaux, pour ne pas trop souffrir de la comparaison avec les villes.

Une maison de services a pourtant été créée. Mais un médecin généraliste arrivé il y a quelques mois le reconnaît lui-même, il est surtout venu pour travailler près de chez lui lors de ses dernières années et par solidarité. Il effectue encore 50 à 60 heures de présence par semaine pour « 5 000 à 6 000 euros par mois ». La difficulté sera d’attirer un jeune médecin qui restera longtemps.

Dans les environs, tout le monde n’aime pas le ton polémique de Jean Vogel. Certes, ses détracteurs lui reconnaissent qu’il « pose une vraie question », sur le rééquilibrage entre les communes riches et pauvres. Mais pour Thierry Sieffer (PS), maire de Ranrupt, il est normal que les communes participent aux efforts :« Il y a moins d’argent de manière automatique, mais de nombreux mécanismes pour en obtenir. Il faut désormais avoir des idées pour disposer de budgets, plutôt que de se retrouver à monter des projets car on ne sait plus comment utiliser l’argent disponible. »

À Ranrupt, les montants des travaux sont minimalistes : une place de la mairie à 60 000 euros, une aire de jeux sous forme de « mini-forêt » à 50 000 euros. Trois adjoints se partagent l’indemnité prévue pour deux.

Ce bûcheron de 45 ans élu pour la première fois en 2014 pense que dans les cols vosgiens, les marges de manœuvre sont à chercher dans la coupe de bois, parfois gérée par les communes. Pour cela, il faut une stratégie commune, mélant propriétaires privés et secteur public. 

Conscient de ces difficultés, le président de la Région Grand Est Philippe Richert (LR) a fait voter dès son élection un « pacte de la ruralité », doté de 23 millions d’euros en soutien aux petites communes. Ce programme est parfois accueilli avec scepticisme. L’aide de la Région est de 20% du montant d’un investissement, dans la limite de 20 000 euros et ne peut être croisée avec d’autres financements.

« Quel village modeste a 100 000 euros dans les cartons et va le réaliser grâce à 20 000 euros ? », s’étonne Thierry Sieffer, dont la commune a bénéficié de 13 735 € sur les 68 676 € programmés pour l’aire de jeu et la réfection de routes. Le groupe de gauche a dénoncé des subventions “de confort” pour certaines communes, en prenant les exemples de Saint-Ail (54), Diefmatten (68) ou Haussimont (51) dont les moyens sont 3 à 5 fois supérieurs à la moyenne des communes similaires. Avis assez similaire côté FN qui parle de « plan comm’ » et aimerait davantage pour les « territoires oubliés », mais qui a néanmoins voté la deuxième partie.

Avec la réforme territoriales (Loi NOTRe), moins de charges sont censées peser sur les villes et villages puisqu’une partie de leurs compétences, comme la gestion de l’eau et des déchets, doit être transférée aux intercommunalités, c’est-à-dire des regroupements de villes (15 000 habitants minimum).

Des transferts généralement bien accueillis, mais cela ne va pas toujours créer des économies constate Hubert Herry :

« A Saulxures, on gérait l’eau en direct. En passant par une grosse structure qui génère plus de frais pour toute la communauté de communes, le prix pourrait passer de 1,30€ à 2,60€ le mètre-cube… »

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